Polymères et durabilité

Polymères & durabilité

Tendances pour le futur : durée, matière grise et services

Si le changement climatique est aujourd’hui un fait admis par tous *, la raréfaction des ressources est aussi une réalité : autant les ressources fossiles (pétrole, gaz…) que les ressources minérales (métaux) sont surexploitées et on va rapidement vers une raréfaction de toutes les ressources utilisées pour l’activité économique.

Pour les entreprises, cela signifie une augmentation rapide du coût des matières premières et de l’énergie. Après avoir été pendant de nombreuses années autour de 30 $ le baril, le prix du pétrole est maintenant bien installé au-dessus des 100 $ le baril. Les polymères, dont la matière première principale est le pétrole, ont vu leur prix s’envoler depuis quelques années (voir graphique). Et pour ce qui concerne les ressources renouvelables, il suffit d’une sécheresse aux États-Unis en 2012 pour que les prix des matières premières agricoles s’envolent.

La conséquence directe : tous les fabricants de matière plastique font des efforts importants pour réduire le poids des pièces. Dans le domaine des emballages plastiques souples, on a assisté à un allégement moyen de 40 % sur 15 ans (80 % pour les sacs). Cependant cette stratégie a des limites d’autant qu’en parallèle dans certains domaines (cas des sacs plastiques par exemple), les utilisateurs diminuent leur consommation.

Élargissons l’angle de vision et regardons toute la vie des objets : on voit alors la perspective changer. L’analyse du cycle de vie d’un produit fait regarder non seulement le coût en ressources et en impact environnemental de la fabrication du produit, mais aussi le coût en ressources de l’utilisation de l’objet et de sa fin de vie. Et c’est là que les polymères ont une carte à jouer.

L’allégement que permettent les polymères dans les véhicules (et donc les économies de produits pétroliers tout au long de la vie du produit) justifient souvent le surcoût environnemental et économique qu’ils peuvent représenter à la fabrication. Et ce positionnement des polymères comme facteur d’allégement des structures sera d’autant plus facile à défendre que les pièces allégées pourront être recyclées facilement. Il y a donc un énorme enjeu à la fois de conception des pièces et des assemblages, et de mise au point de filières de recyclage.

Allons un peu plus loin : au début du 20ème siècle est apparu le concept d’ « obsolescence programmée » qui veut que le constructeur définisse la durée de vie des produits, la plus courte possible pour que le client revienne acheter de nouveaux objets. Il ne sera bientôt plus viable (ni acceptable socialement) de fabriquer des objets de consommation courante dont la durée de vie est programmée pour être courte. Un nouvel enjeu pour les polymères auxquels on va demander des propriétés mécaniques et de résistance au vieillissement de plus en plus élevées. Mais aussi pour les entreprises, car on va moins leur demander de produire des produits de masse à faible durée de vie que des produits à forte durée de vie (et donc en quantité moins importante), avec un fort contenu de matière grise et accompagnés de services. 

Benoît de Guillebon // Directeur de l’APESA

* cf. le discours de François Hollande à l’ouverture de la conférence environnementale du 14 septembre